Le brouillard idéologique

Le brouillard. C’est ce que m’a inspiré le dernier CPP – du 24 mars 2021– de Radio M. Si dans la nature le rôle du brouillard est d’embellir ce qui est déjà beau, en politique le rôle de l’idéologie est d’embrouiller ce qui est déjà complexe. On dit que l’on ne réalise jamais l’épaisseur du brouillard dans lequel on baigne jusqu’à ce qu’il se dissipe.

Cette note vise à dissiper quelque peu ce que cette émission, dont je suis un fidèle auditeur depuis que je l’ai découverte au début du hirak, a jeté d’ombres et de smog sur le mouvement Rachad dont je suis membre.

 Cette note aurait été inopportune si cette émission avait été éditée sur le smig du journalisme professionnel : l’équilibre (l’attribution d’un espace égal aux points de vue opposés) et l’impartialité (représenter les différentes parties, idées ou intérêts avec détachement). 
Elle aurait pu inviter un membre de Rachad par téléconférence comme elle le fait avec d’autres invités. Mais, contrairement à ses habitudes, Radio M, l’une des dernières oasis capables de négocier un journalisme indépendant dans une ambiance intimidatrice et liberticide, nous a servi un procès par contumace de Rachad, où le procureur en chef était Mme Aouicha Bekhti, dont le réquisitoire calé sur la calomnie et l’exclusion s’harmonise pleinement avec l’exacerbation récente de la campagne de diabolisation de Rachad.

 « Tout ce qui est excessif est insignifiant » dit Talleyrand, je n’en dirai donc pas plus sur les propos de cette dame. Cette note se restreindra à quelques critiques et préoccupations importantes émises par Ihsan El-Kadi (IE-K) et Imad Boubekri (IB), dont le seul souci depuis le début du hirak est évidemment la préservation de son unité et la réussite de la transition démocratique, pour rétablir quelque peu l’équilibre rompu lors de cette émission. 

De la dimension de Rachad Le premier smog à lever est la dimension de Rachad. IE-K et IB n’ont pas une idée cohérente de la dimension de Rachad. D’un côté, ils reconnaissent que Rachad est une force plutôt modeste dans le hirak. IE-K a répété avec emphase deux fois que « Rachad est un mouvement minoritaire dans le hirak ». Il a dit aussi que Rachad « n’est pas structuré en Algérie ».

 IB affirme, à juste titre, que la propagande du régime gonfle la taille de Rachad au sein du hirak, pour faire déteindre la diabolisation de Rachad sur tout le hirak. Mais de l’autre côté, ils imputent à Rachad la responsabilité des campagnes de dénigrement des hirakiens sur les réseaux sociaux, les dépassements dans les manifestations et le pouvoir de Rachad de les empêcher, la capacité à contrôler les slogans du hirak, de récupérer les prisonniers, d’empêcher le débat intra-hirak pour un consensus, et le pouvoir de faire capoter la transition démocratique. 

En somme, ils prêtent à Rachad un pouvoir hégémonique malfaisant sur le hirak. Rachad ne représente rien, mais est responsable de tout… ce qui va mal. L’incohérence guette tout journaliste qui se perd entre l’observation, l’idéologie, et le jugement éthique. Le pouvoir attribué à Rachad est clairement disproportionné par rapport à la taille putative de Rachad.

 Ce surdimensionnement de Rachad montre hélas à quel point la propagande du régime est en train de s’infiltrer par effraction dans les esprits les plus lucides. En réalité, le mouvement Rachad est modeste de par sa structure, mais ce qui dérange le plus la police politique est l’existence même d’une force politique qui échappe à son contrôle.

 La cohérence de son discours lui vaut d’être écouté par quelques segments du hirak, mais il n’en reste pas moins une petite goutte dans la mer du hirak. Les pouvoirs qu’on lui impute relèvent du mythe et de la propagande. Ce réalisme sur notre dimension atteste notre refus de glaner des médailles dans une compétition politique, et fait foi de notre souci de simplement apporter notre pierre au changement auquel aspirent les Algérien(ne)s. 

 Des prétendues « campagnes de dénigrement » par Rachad Levons maintenant l’ombre sur les campagnes de takhwin sur les réseaux sociaux qu’IB a longuement attribué à Rachad. IE-K a aussi dit que « la responsabilité de Rachad dans les campagnes de dénigrement est engagée ». IB a correctement daté le début de ces campagnes à l’apparition de la pandémie et la suspension des marches.

 Il a évoqué deux exemples concrets, les attaques contre Nour El Houda Oggadi et Samir Belarbi. Dans le cas de Oggadi, il a théorisé que Rachad l’aurait dénigré car elle aurait « refusé d’être récupérée » pour qu’elle « travaille avec eux [Rachad] », en plus d’accuser explicitement Rachad de « vouloir récupérer un certain nombre de détenus ». 

Dans le cas de Samir Belarbi, IB dit que c’est « Daouadji qui l’a attaqué, et qui a applaudi quand ils l’ont attaqué », en reconnaissant tout de même que Makhiouba a eu à appeler – sans effet selon lui – à ce que Belarbi ne soit pas empêché de manifester. Regardons de plus près ces deux cas avant de parler de façon plus générale des campagnes de takhwin. Dans le cas de Oggadi, l’accusation d’IB est sans fondement aucun.

 Les faits tels que je les connais sont que certaines de ses photos privées ont circulé sur les réseaux sociaux, et qu’elle a accusé Amir Dz puis Mohamed Benhalima de les avoir fuitées pour la discréditer. Elle a par ailleurs indiqué que ces photos étaient dans son portable qui avait été saisi par la police. Amir Dz quant à lui a nié les avoir fuités. Des analystes informatiques crédibles pensent que l’hypothèse la plus probable est que la source de la fuite remonte à la police politique.

 Quel qu’en soit le cas, je démens catégoriquement ici que Rachad aurait une quelconque responsabilité dans ce fuitage. Ni Amir Dz, ni Benhalima ne sont membres de Rachad. Ce fuitage viole les rudiments de la morale. Il est déplacé qu’IB nous accuse sans preuve d’un acte aussi indécent. Le mobile qu’il nous prête – la discréditer car elle aurait refusé d’être récupérée par Rachad – est encore plus offensant.

 Un, « les mauvaises intentions sont comme les billets de banque, pour en prêter aux autres, il faut en avoir soi-même », dixit Wild. Deux, Rachad a défendu Oggadi comme il l’a fait impartialement avec les autres détenus du hirak abstraction faite de leur appartenance politique, idéologique ou régionale. Par solidarité militante, sans calculs utilitaires, par conviction dans l’Etat de droit. Rachad a aussi dénoncé la détention injuste de plusieurs généraux. 

Tout comme Rachad dénonce toujours sans distinction les tortures et les traitements cruels et dégradants, dont celle des généraux impliqués eux-mêmes dans des violations des droits de l’homme. Simplement par conviction de l’universalité des droits de la personne humaine. Malgré les critiques que cela nous a valu par ceux qui ont une conception tribale de ces valeurs politiques.

 Plutôt que de s’égarer dans le bourbier de la spéculation idéologique, nous invitons IB à enquêter auprès des ex-détenus du hirak si Rachad aurait effectivement tenté de les récupérer, et de présenter ses conclusions documentées au public. Concernant Samir Belarbi, il a effectivement été la cible de dénigrements sur les réseaux sociaux. A ma connaissance, la responsabilité de Rachad n’est engagée que par le seul membre de Rachad, Ibrahim Daouadji, qui l’a critiqué par une vidéo publiée le 11 janvier 2021, en réponse à une vidéo de Belarbi où ce dernier avait traité les membres de Rachad et d’autres hirakiens de « batards ». 

La vidéo de Daouadji enfreignait en tous cas les consignes de conduite et la ligne politique inclusive de Rachad. L’équité aurait voulu qu’IB, qui affirme suivre et documenter attentivement Rachad, n’omette pas de dire que Daouadji a publiquement annoncé sa démission de Rachad le 19 février 2021 pour retrouver sa « liberté de parole ». 

L’appel de Yahia Makhiouba à respecter le droit de Belarbi au sein du hirak allait aussi dans le sens de redresser ce tort. Prenons maintenant un peu de recul sur ces campagnes de takhwin, et perçons le brouillard idéologique avec lequel IB les a enveloppées. Deux remarques s’imposent, l’une méthodologique, et l’autre sociologique. Un, la méthode que semble utiliser IB pour arriver à ses conclusions est l’extrapolation à partir de lectures plutôt sélectives des partages de posts sur les réseaux sociaux. 

Disons en premier que Rachad n’a qu’un seul site Web ainsi qu’une plateforme Facebook et Twitter et une chaine YouTube. Tous ses sites sont balisés par un logo bien connu. Certains de ses membres ont des pages Facebook avec leurs vrais noms. Rachad n’a jamais géré de site Web ou de page anonyme ou empruntée. Rachad a une seule infolettre, Madania (arabe) et Plateforme (français). Ensuite éclaircissons.

 La propagande affilie constamment certaines figures dans les réseaux sociaux à Rachad malgré nos démentis et leurs dénégations de ces rumeurs. Oui, Rachad partage des posts de figures influentes sur les réseaux sociaux, mais ce partage couvre toutes les composantes du hirak. Les pages de Rachad ou de ses membres ont partagé des posts – dans le désordre et de mémoire – de Abdelghani Badi, Karim Tabbou, Réda Doghbar, Nabila Smail, Mouloud Hamrouche, Said Lalmas, Khaled Drareni, Fodhil Boumala, Redouane Boudjemaa, Saad Bouokba, Ahmed Benmohamed, Abdelouahab Fersaoui, Brahim Laalami, Nadjib Belhimer, Amir Dz, Karim Nait Ouslimane etc. Cela ferait-il de ces gens là des affiliés de Rachad ? La méthode rationnelle pour tirer des conclusions sur la structure et la dynamique des réseautages et sur les courants d’influence dans les réseaux sociaux exige des modèles théoriques et de puissants moyens de calcul pour les tester sur de grandes bases de données réelles sur les pages et les interactions entre elles. 

Réduire cette complexité à des extrapolations sélectives relève simplement de l’obscurantisme. IB a une autre méthode, tout aussi nébuleuse, pour attribuer ces campagnes à Rachad. Il dit : « C’est vrai qu’officiellement ce n’est pas l’organisation Rachad qui attaque avec un communiqué en le signant. C’est vrai qu’officiellement Amir Dz ne fait pas partie de Rachad. Mais les islamistes ont toujours procédé ainsi.

 Il y a la structure officielle, et il y a l’officieux. » Cette méthode s’appelle le complotisme, attribuant le mal à une force indécelable. L’équivalent de la loge maçonnique dans le complotisme populaire. Il est vrai que produire les preuves de l’existence de l’organisation officieuse est plus sérieux que de colporter du complotisme orientalisant. Deux, le takhwin n’est pas une spécialité de Rachad comme le prétend le réquisitoire idéologisé d’IB. 

Notre mouvement en est en fait une des victimes. A Rachad nous pensons qu’une partie des campagnes de takhwin sont l’œuvre de la police politique. Notre veille fait aussi remonter le début des campagnes qui nous ciblaient au début de la pandémie et à la suspension des marches.

 Il est plausible que cela ait libéré du personnel de la police politique qui s’est investie depuis dans la subversion du hirak via les réseaux sociaux. Mais le takhwin ne provient pas que des brigades de trolls et des batteries de bots du régime, et Rachad n’en est pas la seule victime. Tout le monde en est victime. 

Le takhwin se pratique verticalement, de haut en bas, « al-mougharar bihim » et « al-ayadi al kharijiya », et de bas en haut, « les généraux, ya al-khawana ». Il se pratique aussi horizontalement, entre différents clans de la « Issaba », entre tous les courants de la société, les guéguerres excommunicatrices entre les courants démocrate, gauchiste, berbériste, nationaliste ou islamiste en sont la preuve, mais aussi au sein même de chacun de ces courants. 

Le lynchage par certaines franges dites « progressistes » qui a visé IE-K pour avoir défendu sa conception de l’unité du hirak en est un exemple patent. Il crève les yeux que ceux-là sont l’image-miroir des « moyenâgeux » qu’ils fustigent ; ils partagent la même étroitesse d’esprit, la même rigidité cognitive. 

En résumé, le takhwin est une tare des sociétés qui ont trop longtemps enduré la dictature. Le takhwin est le produit d’un système politique basé sur l’idolâtrie du dirigeant et l’exclusion de l’opposant, d’un ordre social qui sacralise aveuglément ses us et coutumes, d’une école qui privilégie le conformisme à l’individualité et le parcœurisme à la pensée critique, d’une mosquée qui sacralise les hommes religieux et jette l’anathème sur ceux qui les contredisent, et d’une culture qui incarne et dramatise le tout. La résultante de ces moules mentaux est un citoyen schismatique et intolérant, parce que rendu incapable à gérer les contradictions et inapte au savoir-vivre dans la différence.

 La résorption de ce fâcheux comportement peut se faire si chacun, dans le hirak, balaie devant sa porte et sensibilise les siens, au lieu de jeter l’anathème idéologique sur les autres. Du débat sur les années 90 IE-K a offert un compte rendu ambivalent du retour du débat des années 90. D’un côté, son évocation du dahdouhisme, des mandats d’arrêt, de l’épisode de son interrogation à Antar concèdent implicitement qu’il y a une volonté sécuritaire délibérée d’exploiter la mémoire de la guerre civile pour faire imploser le hirak.

 De l’autre, il contraste Ali Belhadj, qui a « eu l’intelligence de mettre cette question sous le tapis » dans l’intérêt du hirak, à Rachad qui n’aurait pas eu « le recul » et la maturité pour le faire, suggérant que Rachad est aussi responsable de la résurgence de cette question. Cette question n’ayant pas pu être évitée avant la transition, IE-K propose qu’elle soit débattue de « manière apaisée ». C’est une position raisonnable qui appelle cependant à plusieurs nuances. Il me semble que le retrait de cette question durant la première année du hirak et sa résurgence maintenant n’a rien à voir avec le comportement de Ali Belhadj ou de Rachad.

 Ni l’un ni l’autre n’a les moyens médiatiques de faire ajourner ou d’imposer ce débat. Ce qui explique son retrait durant la première année et son retour ensuite c’est plutôt un changement dans l’identité factionnelle des sécurocrates du régime, ainsi que de leurs stratégies inverses de subversion du hirak. Durant la période Gaid Salah, l’épouvantail c’était la Kabylie et le camp démocrate, assimilés aux zouaves et au hizb frança, et la fraction du hirak ciblée pour être amputée du hirak et clientélisée était le courant islamo-nationaliste (badissiya-novembaria). 

Après la mort de Gaid Salah, on a assisté au démantèlent de la faction de Gaid Salah et au reflux des sécurocrates associés au général Médiene et des généraux opérationnels de la guerre contre-insurrectionnelle. Maintenant, l’épouvantail c’est Rachad, décrété « héritier du FIS » par Antar et assimilé au terrorisme, et la section du hirak visée pour être scindée du hirak et clientélisée se situe dans le courant démocrate. 

 Libre à tout Algérien de parler des années 90 et d’en débattre maintenant. Rachad, pour sa part, considère que le contexte liberticide actuel, l’absence de liberté médiatique, et la répression contre le hirak ne sont pas des conditions où pourrait s’instaurer un débat national apaisé sur le sujet. Par ailleurs, même si les conditions d’un débat serein étaient réunies aujourd’hui, un débat national dans l’état actuel des choses n’avancerait pas le pays vers la réconciliation.

 Car la réconciliation, dans son sens vrai, obéit à un séquencement logique, celui de ne traiter les effets du conflit qu’après que ses causes politiques aient été traitées. La réconciliation suit la résolution du conflit et ne la précède pas. Quand elle la précède, c’est la réconciliation à-la-Bouteflika, où « il n’y a pas de contradiction à prôner la réconciliation nationale et à poursuivre la lutte antiterroriste », dixit Boutef. Seule une vraie réconciliation, qui pourrait commencer au cours de la transition démocratique ou juste après, peut apporter un débat apaisé sur les années 90.

 On reconnait une vraie réconciliation du fait qu’elle intègre les dimensions de vérité, justice et respect, et par les instruments qu’elle met en œuvre : les excuses officielles publiques, la commission vérité, l’amnistie, les procès, les lustrations et les réparations, le ré-enterrement des disparus et le recouvrement des mémoires. Pouvoir dire le passé de sorte qu’il soit acceptable à la majorité passe par ces étapes. C’est le seul chemin pour recouvrer une mémoire collective commune qui empêchera la tragédie de se reproduire. 

De l’unité du hirak Une vraie réconciliation est possible si notre pays entame une transition démocratique que seul peut faciliter le maintien de la non-violence et de l’unité du hirak, dans un contexte où la police politique tente maintenant de l’endiguer et le diviser en agitant le spectre des années 90.  Lors du CPP IE-K a dit que « Rachad doit rendre l’unité du hirak sa priorité », comme si Rachad avait cessé un jour de le faire, ce qui appelle un dernier éclaircissement. Rachad s’est associé à l’une des premières offres politiques collectives pour une transition politique.

 Rachad a soutenu publiquement toutes les initiatives crédibles visant à formuler des solutions communes ou fédérer les forces du hirak même, quand bien même il n’y était pas associé. Le mouvement Rachad n’est pas bloqué sur les années 90. Quelques membres médiatisés de Rachad expriment régulièrement leur préférence pour des amnisties générales aux officiers qui craindraient des poursuites pénales liées à la sale guerre ou la corruption. Il a réitéré plusieurs fois l’offre d’un moratoire sur la discussion publique la guerre des années 90, qui couvrirait au moins la période de transition, pour autant que toutes les parties prenantes s’engagent à le respecter. 

Parce que certains disent ce qu’ils veulent, et quand ils veulent, de ces années, alors qu’ils contestent à d’autres le droit d’en parler. Depuis le début du hirak, Mourad Dhina a proposé à plusieurs reprises que, à l’issue de la transition, tous les politiques impliqués dans l’échec de la transition démocratique et de la guerre des années 90 se tiennent à l’écart de la compétition politique, pour prévenir tout malentendu de vainqueur-vaincu, et laisser les jeunes générations prendre le destin du pays en main. 

 Rachad est par ailleurs disposé à construire avec tous les partenaires politiques pour établir des garanties politiques et constitutionnelles à même de prévenir, après la transition, l’émergence de profondes divisions ou polarisations dans le pays, ou d’un parti hégémonique. Rachad contribue aussi à la non-violence et l’unité de la révolution en neutralisant les manœuvres polarisantes le visant pour fragmenter le hirak. 

En supportant patiemment les intimidations, les menaces, et le lynchage médiatique du pouvoir, en maintenant sa mire politique sur la « Issaba » tout en refusant de riposter aux insultes, attaques et provocations de certains frères du camp qui se revendique démocrate, en dialoguant dans le respect, en privilégiant la réflexion au réflexe, la modération à l’exagération, et la placidité à l’hypersensibilité. La patience comme vertu stratégique. 

 Certains ont vite oublié qu’hier, alors que la Kabylie et le camp démocrate étaient l’objet de la diabolisation en zouaves et hizb frança pour en faire des repoussoirs qui refouleraient du hirak sa composante islamo-nationaliste, Rachad entre autres hirakiens avait refusé les chants des sirènes déléguées de Antar qui leur susurraient que « les Kabyles et hizb frança vous utilisent pour prendre le pouvoir sur vos dos ». 

Rachad avait contribué énergiquement à mettre en échec cette campagne de démonisation et de division. Aujourd’hui, la situation s’est inversée avec l’inversion de la stratégie subversive de la nouvelle DGSI, qui vise maintenant à expulser du hirak sa composante démocrate. La priorité de l’unité concerne donc aussi cette composante.

 En vrai, c’est son moment de vérité, son test de liberté. La chanson de Ouled El Bahdja et Soolking scande « la liberté ne nous fait pas peur ». Qu’un oppresseur ait peur de la liberté des opprimés est évident. Mais certains opprimés auraient-ils peur de la liberté et préféreraient-ils de rester attachés à leurs chaines ? La réponse est oui. La peur d’assumer la liberté, d’assumer le fardeau des responsabilités qu’elle engage, la peur de faire des choix, la peur de s’écarter du conformisme ou du cadre structurant de l’autoritarisme, la peur de prendre en charge son propre destin, et la peur de l’incertitude des lendemains de la liberté.

 (Erich Fromm) Je retiens de la position d’IE-K une confiance dans la liberté et dans l’unité du hirak, nonobstant l’épais brouillard idéologique qui l’a accompagné lors de cette émission. A chacun de juger s’il l’a embelli ou embruni. Nos voisins tunisiens ont su composer avec leurs différences pour construire un avenir démocratique à leur peuple. L’espoir est que nous réussirons, nous tous dans le hirak, quel que soit notre ancrage politique ou idéologique, à puiser en nous suffisamment de patience et de tolérance pour consolider son unité et faire ensemble les quelques pas qui nous séparent du devenir démocratique de l’Algérie. Youcef Bedjaoui, membre de Rachad 29 mars 2021
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